Revue du Livre – I’m Not Leaving

 

I’m not leaving.

Carl Wilkens

I’m not leaving de Carl Wilkens est le récit d’un témoin exemplaire du genocide au

Rwanda.  L’auteur est en effet le seul Américain qui est resté sur place pendant que

la plupart des Occidentaux et autres membres du corps diplomatique étaient

évacués à toute vitesse sous haute protection de l’ONU, laissant sur place les ‘non

essentials.’ Les premières lignes du livre nous montre un jeune Carl disant au revoir

à son épouse Teresa, serrant ses trois enfants dans ses bras, disant promis juré de se

revoir dans “deux semaines maximum.”  Il restera 84 jours dans un monde

indescriptible.  La raison qui le pousse à rester sur place est son désir de protéger

deux hôtes Tutsi – Anita et Janvier  – qui travaillaient dans sa maison, se disant que

partir serait les condamner à mort.  Il est sauvé dans les premiers jours par des

voisins Hutus qui s’interposent à la grille pour arrêter des bandes de tueurs armés

de machettes. Le ton monte, mais les voisins évitent le pire.  Pourquoi?  Parce que

les enfants de Carl jouaient avec leurs enfants.

Encerclé de toutes parts, alors qu’il écoute la BBC World Service pour ne pas devenir

fou, et qu’il enregistre sur magnetophone ses dernières pensées testamentaires

pour sa famille, d’autres bénévoles viennent le voir pour qu’il aide à ravitailler un

orphelinat qui manque d’eau. Cette requête l’oblige à sortir de sa maison et à

trouver un camion, avec de l’essence, et des tonneaux à nettoyer qu’il faut

maintenant faire passer d’un point de la ville à l’autre.  Carl passe des journées

entières à negocier avec des soldats qui bloquent la route et qui vérifient les pièces

d’identité, ou qui vous tendent une grenade par la fenêtre, ou qui sont

dangereusement saouls.  Mais voilà qu’il voit un enfant blessé sur la route qu’il faut

amener de toute urgence à l’hôpital, ou qu’il parle au general Dallaire, ou qu’il exige

humblement un laissez passer du tueur génocidaire Hutu en chef à Kigali.  Le vrai

titre de cet ouvrage devrait être ‘l’Orphelinat.’

L’auteur parle rarement de lui même, utilise rarement le ‘je.’ Il est guidé par des

notions de justice spontanée, de devoir, et de bonté naturelle – des réactions

spontanées inexplicables — qui dans l’esprit du lecteur forment un amalgame

suicidaire. Plus d’une fois durant la lecture du livre on tente d’avertir l’auteur

“…Casse toi Carl, vite. Maintenant !!”

Un bon nombre de livres sur les genocides tentent de séparer les criminels, des

complices (‘bystanders’), des victimes.  Carl Wilkens n’est jamais neutre.  Ceci dit, il

ne juge pas, ne condamne pas, ne sépare pas l’humanité, ne distingue pas entre les

‘bons’ Tutsi et ‘les mauvais’ Hutus pour donner bonne conscience au lecteur,

confortablement installé dans son fauteuil loin du danger.  Ce livre est le digne

héritier d’oeuvres d’art impérissables comme ‘Se questo è un uomo’ de Primo Levi et

de ‘Shoah’ de Claude Lanzmann.  Ce livre fera école.  Il sera lu dans cinq siècles.

Max Likin PhD

Ancien Book Review Editor de Totalitarian Movements and Secular Religions.

 

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